Les perturbateurs endocriniens envahissent notre quotidien !

En moyenne, ce ne sont pas moins de 34 molécules toxiques de perturbateurs endocriniens,  que l’on retrouve dans les cheveux des enfants et adolescents de 10 à 15 ans et, chez l’un d’entre eux, se sont même 54 molécules toxiques qui ont été retrouvées. C’est le magazine 60 millions de consommateur publié le 20 avril 2017 qui l’affirme au terme d’une étude sur 43 filles et garçons de cette tranche d’âge. Cette étude, menée par un laboratoire indépendant, révèle que vivre en ville ou à la campagne ne change rien au résultat.

Ces chiffres sont pour le moins inquiétants…Ces substances ont un effet cocktail aujourd’hui reconnu. Ainsi, cumulées les unes aux autres, l’effet nocif se trouve démultiplié.

Les perturbateurs endocriniens sont particulièrement dangereux pour la santé des enfants. Ils seraient notamment une des causes de la recrudescence des cancers chez les enfants, à l’origine de malformations génitales mais aussi de la puberté précoce chez certaines petites filles. L’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, définit les perturbateurs endocriniens comme des molécules qui altèrent le fonctionnement normal du système hormonal[1] ; système qui a un rôle fondamental de régulation de la plupart des fonctions de nos organes.

On les retrouve partout dans notre environnement de tous les jours. Chez soi, en voiture, dans notre environnement professionnel, dans la rue ou à la campagne…

L’étude a identifiés six catégories de perturbateurs endocriniens parmi lesquels les bisphénols, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les pesticides ou encore les métaux lourds.

Le BSA (le bisphénol A) a été détecté alors même qu’il est interdit en France ! Or, cette molécule est particulièrement nocive si l’on en croit l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) qui nous informe qu’elle est «susceptible de nuire à la fertilité», de «provoquer des lésions oculaires graves» ou encore «peut provoquer une allergie cutanée».  Cette situation montre que les objets contenant du BSA continuent d’être utilisés dans de nombreuses familles et le seront encore pour longtemps. D’après l’un des responsables de l’étude, le libre-échange participe aussi à ce phénomène en laissant passer à nos frontières des produits qui ne sont parfois pas conformes à nos exigences.

Autres exemples inquiétants, des pesticides agricoles, des métaux lourds (comme le plomb et le mercure) ou encore des phtalates (contenus dans les plastiques et les cosmétiques) ont été décelés chez tous les enfants participants. «Les plastifiants sont les substances que nous avons trouvées en plus grande quantité sur les 254 perturbateurs endocriniens que nous avons recherchés», précise Kevin Fournier, ingénieur en charge de ce projet. Dix molécules de cette famille de perturbateurs endocriniens ont ainsi été retrouvées en moyenne dans un échantillon de cheveux. Or, «leur administration répétée chez le rongeur a permis d’identifier un effet sur le foie, les reins et sur le système reproducteur mâle, ces effets variant d’un phtalate à l’autre».

Afin de protéger les enfants, le magazine recommande de privilégier les cosmétiques bios, d’utiliser des emballages en verre ou en inox pour conserver ses aliments, ou encore, d’aérer régulièrement son logement où son lieu de travail.

De son côté, l’enquête de Que choisir confirme « l’effet cocktail comme possible ». Non seulement « les effets de chacun peuvent s’additionner, mais aussi agir en synergie » ce qui a été démontré en laboratoire. Bernard Jégou, directeur de l’Inserm interrogé par Que choisir nous dit : « dans certaines régions du monde, on observe à la fois une baisse de la qualité du sperme et une augmentation des malformations génitales à la naissance et de cancers des testicules. On soupçonne un lien de l’ensemble avec une exposition in utéro, donc pendant la grossesse ». De plus, Catherine Viguié, directrice d’une unité de l’INRA confirme que ces substances agissent à très faible dose : « On voit des effets à des doses de l’ordre du nanogramme (un millième de microgramme) par millilitre de sang ».

Depuis des années, la Commission européenne est censée intervenir sur ce sujet grave de santé publique. Or, entre les conflits  au sein même de la commission européenne, ceux entre les Etats, certains faisant  « le choix de la santé des personnes, d’autres préférant le business », ajouté aux coups tordus des différents lobbies, tout concourt à retarder la décision d’interdiction des perturbateurs endocriniens dans l’Union européenne.  Pour l’heure, avec la législation que l’UE propose de mettre en œuvre, « même des produits chimiques pour lesquels il existe des preuves sérieuses de leur toxicité » passent au travers du filet, dit l’Endocrine Society, une association regroupant des médecins et des chercheurs.

[1] L’organisation mondiale de la santé (OMS) a retenu la définition suivante : « une substance ou un mélange exogène altérant les fonctions du système endocrinien et induisant de ce fait des effets nocifs sur la santé d’un organisme intact, de ses descendants ou au niveau des (sous)-populations ». A l’état physiologique, les hormones secrétées par les glandes endocrines sont des messagers chimiques permettant différentes fonctions (croissance, développement, comportement, régulation du métabolisme, reproduction notamment). En interférant avec le système physiologique induisant ainsi potentiellement des effets nocifs sur la santé humaine, animale et la biodiversité, les perturbateurs endocriniens sont un enjeu majeur de santé publique.