“Chez nous” : comment le FN provoque un scandale sur un film qu’il n’a pas vu !

“Chez nous” : L’argent public ne doit pas financer un tel film ou comment un dirigeant du FN provoque un scandale sur un film qu’il n’a pas vu !

Le film de Lucas Belvaux, éloquemment intitulé « Chez nous », a pour toile de fond la mécanique d’un parti d’extrême droite français rebaptisé “Bloc patriotique” et dirigé par une femme résolue à prendre le pouvoir, Agnès Dorgelle.

Toute ressemblance avec le Front national de Marine Le Pen est évidemment fortuite… Mais sa bande-annonce, sortie le 30 décembre, a tout de même suffi à enflammer les cadres du FN, dont son vice-président Florian Philippot, alors qu’ils ne l’ont pas vu puisqu’il ne sortira en salle que le 22 février. Selon le FN il serait scandaleux qu’un film « clairement anti Front National » sorte à 2 mois des élections présidentielles en bénéficiant d’un financement public.

Outre le fait que cela revient à nier la capacité des électeurs à faire le tri entre fiction et réalité, ce film n’a finalement que peu bénéficié d’argent public. En effet, pour David Frenhel, interrogé par l’Express, le seul financement public du film est une aide de la région Hauts-de-France à hauteur de 180 000 euros sur un budget d’environ 5 millions d’euros soit moins de 3 % du budget total.

En fait, il serait plus juste d’y ajouter également le financement du film par la télévision publique (dont les ressources sont issues de la redevance, donc de l’argent public) à hauteur de 900 000 euros.

On arrive donc à environ 20% de financement public, le film n’ayant pas obtenu l’avance sur recette du CNC. Ce qui reste bien moindre que la plupart des films français. Selon Olivier Bomsel, directeur de la Chaire ParisTech d’Économie des Médias et des marques, interrogé par la radio Europe 1, en France, « le cinéma est financé à près de 50% par le contribuable ».

Est-ce normal que ce film ait bénéficié d’argent public ?

Oui, car le financement public n’est pas seulement habituel, il est…obligatoire puisque les chaînes de télévision doivent toutes pré-acheter des films. L’Etat demande en effet aux chaînes, publiques comme privées, de consacrer une partie de leurs ressources au financement du cinéma en échange de l’octroi d’une fréquence hertzienne.

De plus, ce film ayant été tourné en grande partie en France durant une quarantaine de jours, il aura incontestablement contribué au développement des régions concernées avec les retombées économiques indirectes (frais de repas, hébergements, achats et locations divers…)