Non, Marion Maréchal-Le Pen, 47% des femmes n’avortent pas pour des raisons économiques !

Interrogée lors du Grand Jury (RTL, Le Figaro, LCI) sur ses divergences, concernant l’IVG, avec la ligne du Front National, Marion Maréchal-Le Pen a martelé le 9 fevrier un chiffre sur l’avortement : «On peut s’interroger sur le fait qu’aujourd’hui 47% des femmes avortent pour des raisons économiques […] Je suis choquée que des femmes ne puissent pas garder leur enfant pour des raisons économiques. Les sondages qui ont été réalisés sur le sujet, par de grands instituts, je crois que c’est l’Ifop, révèlent que à peu près 47%, ce qui n’est quand même pas négligeable, le font pour des raisons économiques.» Un chiffre que la députée avait déjà donné lors de débats à l’Assemblée fin janvier et dans une interview au magazine Présent en décembre dernier.

Si un sondage de 2010, commandé par l’Alliance Vita (association anti-IVG) à l’Ifop, semble indiquer que «la raison principale conduisant les femmes à recourir à l’avortement» est à 47% la «situation matérielle», la députée frontiste se montre bien peu rigoureuse.

Premier problème : la formule «situation matérielle» est plus vaste que les «raisons économiques» invoquées par la responsable frontiste. En effet, la situation matérielle peut recouvrir tous les problèmes de revenus, mais également de logement (le fait par exemple d’habiter ou non dans la même ville que son conjoint) ou de situation professionnelle (n’avoir pas encore fini ses études, par exemple).

Surtout, Marion Maréchal-Le Pen aurait dû lire plus attentivement la question posée. L’Ifop n’interrogeait en fait pas des femmes ayant eu recours à un IVG mais un échantillon de l’ensemble des femmes françaises de plus de 18 ans, sur ce qu’elles supposent être les raisons des IVG : «Devant une grossesse imprévue ou difficile, quelle est, selon vous, l’influence principale qui pousse une femme à décider de recourir à l’IVG ?» Le chiffre de 47% représente ainsi la perception qu’ont les sondés des raisons qui poussent les femmes à avorter. Impossible de conclure, en se basant sur ce sondage, que «47% des femmes avortent pour des raisons économiques».

Dans son étude de 2011, la démographe du bureau Etat de santé de la population (rattaché au ministère en charge de la Santé) Annick Vilain dressait d’ailleurs un tableau bien différent : «Pour les plus jeunes [femmes], la décision d’interrompre la grossesse est liée au fait d’être en cours d’étude ou d’être célibataire, peut-on ainsi lire dans son enquête Les femmes ayant recours à l’IVG. Pour les femmes âgées entre 25 et 34 ans, le principal motif tient à la taille de la famille estimée suffisante. Pour les plus âgées, opter pour l’avortement correspond à des situations où la maternité n’est pas jugée compatible avec la carrière professionnelle ou lorsque le couple est instable. Surtout, on note une plus forte propension à interrompre la grossesse chez les femmes les plus diplômées, notamment chez les plus jeunes.»

Non, les migrants ne sont pas que des hommes seuls !

« Moi, j’ai vu les images des clandestins (réfugiés, ndlr) qui descendaient, qui étaient emmenés en Allemagne de la Hongrie, etc. Eh bien, sur l’ensemble de ces images, il y a 99 % d’hommes. » Le chiffre est lâché par Marine Le Pen, la présidente du Front national, sur RMC pour assoir son argumentaire sur la crise migratoire, composé selon elle de migrants économiques plus que de réfugiés.

Problème : le chiffre ne correspond pas du tout à la réalité, comme l’a démontré la rubrique Désintox de Libération. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations-unies, les arrivées par bateau en Europe dans le bassin méditerranéen sont composées à 13% de femmes, 15% d’enfants seuls et de 72% d’hommes.

Allocation jungle et RSA

Lundi 6 fevrier, sur RMC, le président de Debout la France s’est désolé des prestations sociales offertes aux migrants de Calais, en inventant une allocation «jungle»… au prix d’une confusion certaine.

Le député doit faire allusion à l’allocation pour demandeur d’asile, dont le montant varie entre 6,8 euros par jour (pour une personne) et 37,4 euros (pour une famille). Mais comme son nom l’indique, elle n’est attribuée qu’aux personnes ayant demandé l’asile. Ce n’est pas une spécificité française : les textes européens exigent des Etats membres qu’ils assurent l’hébergement et la subsistance des demandeurs d’asile. Surtout, contrairement à ce que suggère Nicolas Dupont-Aignan, les migrants de Calais sont loin d’être tous dans ce cas : la majorité veut aller au Royaume-Uni et n’a donc pas l’intention de demander l’asile en France. S’ils finissent par le faire, ils n’ont pas vocation à rester dans la «jungle» : ils seront hébergés dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile ou des structures d’hébergement d’urgence. C’est même pour «vider» la jungle que la France encourage les migrants à faire une demande d’asile.

Nicolas Dupont-Aignan enchaine avec une deuxième intox quand il affirme qu’un demandeur d’asile a le droit au RSA. Seuls les réfugiés reconnus comme tel (ce qui nécessite de longues démarches de la part des demandeurs, 23 % seulement ont reçu un avis favorable en 2015) peuvent y prétendre. Là encore, ce n’est pas une spécificité française : la Convention de Genève stipule qu’ils bénéficient des mêmes prestations sociales que les nationaux.

Migrants, pas clandestins !

Depuis le début de la crise, le Front National a toujours rechigné à parler de réfugiés. Il a vaguement consenti à dire migrants. Il revendique désormais de dire clandestins.

Lors des Universités d’été du FN, Marine Le Pen l’avait dit : «il ne vous aura pas échappé que la propagande cherche à imposer les mots dans le but de désarmer l’esprit, les clandestins sont ainsi devenus des migrants et, je vous l’annonce, certains souhaitent systématiquement remplacer le mot migrant qui fait encore trop penser à immigration par l’usage systématique du terme réfugié». Mais c’est Nicolas Bay, secrétaire général du FN, qui l’a dit le plus clairement : «j’utilise le terme de clandestin, car il est le seul qui décrive la réalité ! Ne comptez pas sur moi pour embrayer le pas des bobos qui parlent de migrants ou réfugiés.»

Depuis, le FN s’en tient à cette confusion, jusqu’au grotesque. Exemple, quand le Conseil régional d’Île-de-France vote le plan d’aide d’urgence de la région aux réfugiés, Wallerand de Saint-Just dénonce dans un communiqué «une honteuse subvention de 5,5 millions d’argent public à l’immigration clandestine». Idem quand il est question d’envisager d’utiliser des logements sociaux vacants pour l’accueil de réfugiés, Nicolas Bay (toujours dans un communiqué) s’insurge dans ces termes : «Comment accepter que les 77 000 logements réquisitionnés pour les clandestins ne bénéficient pas en priorité aux Français qui en ont besoin ? »

“Chez nous” : comment le FN provoque un scandale sur un film qu’il n’a pas vu !

“Chez nous” : L’argent public ne doit pas financer un tel film ou comment un dirigeant du FN provoque un scandale sur un film qu’il n’a pas vu !

Le film de Lucas Belvaux, éloquemment intitulé « Chez nous », a pour toile de fond la mécanique d’un parti d’extrême droite français rebaptisé “Bloc patriotique” et dirigé par une femme résolue à prendre le pouvoir, Agnès Dorgelle.

Toute ressemblance avec le Front national de Marine Le Pen est évidemment fortuite… Mais sa bande-annonce, sortie le 30 décembre, a tout de même suffi à enflammer les cadres du FN, dont son vice-président Florian Philippot, alors qu’ils ne l’ont pas vu puisqu’il ne sortira en salle que le 22 février. Selon le FN il serait scandaleux qu’un film « clairement anti Front National » sorte à 2 mois des élections présidentielles en bénéficiant d’un financement public.

Outre le fait que cela revient à nier la capacité des électeurs à faire le tri entre fiction et réalité, ce film n’a finalement que peu bénéficié d’argent public. En effet, pour David Frenhel, interrogé par l’Express, le seul financement public du film est une aide de la région Hauts-de-France à hauteur de 180 000 euros sur un budget d’environ 5 millions d’euros soit moins de 3 % du budget total.

En fait, il serait plus juste d’y ajouter également le financement du film par la télévision publique (dont les ressources sont issues de la redevance, donc de l’argent public) à hauteur de 900 000 euros.

On arrive donc à environ 20% de financement public, le film n’ayant pas obtenu l’avance sur recette du CNC. Ce qui reste bien moindre que la plupart des films français. Selon Olivier Bomsel, directeur de la Chaire ParisTech d’Économie des Médias et des marques, interrogé par la radio Europe 1, en France, « le cinéma est financé à près de 50% par le contribuable ».

Est-ce normal que ce film ait bénéficié d’argent public ?

Oui, car le financement public n’est pas seulement habituel, il est…obligatoire puisque les chaînes de télévision doivent toutes pré-acheter des films. L’Etat demande en effet aux chaînes, publiques comme privées, de consacrer une partie de leurs ressources au financement du cinéma en échange de l’octroi d’une fréquence hertzienne.

De plus, ce film ayant été tourné en grande partie en France durant une quarantaine de jours, il aura incontestablement contribué au développement des régions concernées avec les retombées économiques indirectes (frais de repas, hébergements, achats et locations divers…)

Le Portugal a légalisé le cannabis ?

Face à la consommation de cannabis en France, faut-il légaliser, dépénaliser ou ne rien faire sur le cannabis ? Pour le député Benoît Hamon, il faut regarder ce qui se passe ailleurs : « La voie que je propose s’inspire de ce qui s’est fait au Colorado comme au Portugal. Elle est de légaliser la distribution du cannabis »
Vrai et Faux :
Depuis 2001, la détention et l’usage de cannabis n’est plus considéré comme une infraction pénale au Portugal. Mais il reste officiellement interdit puisqu’il s’agit d’une infraction administrative. Il est donc dépénalisé et pas légalisé.
Précision : ça ne vaut que pour les petites quantités. Concrètement, il ne faut pas que ça dépasse ce qui peut être considéré comme une consommation moyenne d’une personne pendant 10 jours.
Par contre, Benoit Hamon a raison sur le Colorado. La production, le commerce, la possession et la consommation récréative du cannabis sont légales depuis un référendum populaire en 2012. Mais là encore, il y a évidemment des conditions. Par ailleurs, tout cela reste illégal au niveau fédéral.

Le Charbon a remplacé le nucléaire en Allemagne

Faux :
Depuis l’annonce d’Angela Merkel, les huit plus anciennes centrales nucléaires allemandes ont fermé. Le résultat logique, c’est une baisse de la part du nucléaire dans la production d’électricité en Allemagne.
Mais comme l’a montré la rubrique Désintox de Libération, ce n’est pas vraiment le charbon qui a compensé le nucléaire mais les énergies renouvelables. Leur part est passée de 15 à 30% de l’électricité brute produite dans le pays.